Le premier point, à la naissance du trait, est comme une porte qui s’ouvre devant vous et votre main, vous entraînant alors sur un nouveau chemin.
L.-P. Promenheur, blog-trotter
Le peintre L.-P. Promenheur ne peint, quasi exclusivement, que sur des plaques de carton récupérées ça et là. Il nous dira pourquoi ? De même que nous aimerions savoir pourquoi il n’utilise jamais la couleur ? pourquoi les chiens, les vieillards, les toits, les feuilles sont des éléments récursifs de son oeuvre ? pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ? Trop de pourquoi.
Il faudra que vous pensiez à demander au peintre L.-P. Promenheur pourquoi, de manière générale, il ne date pas ses toiles…
Pourquoi ?
Parce que je n’ai jamais peint un tableau récent,
répond-t-il en citant Man Ray*.
Il ne s’en sortira pas si facilement. Considérons que la question demeure en suspens.
* in Ce que je suis et autres textes, collection Arts & esthétique, Editions Hoëbeke , Paris, 1998.
Juin, quelque part dans Paris. Une voiture déboule avec un drapeau du Portugal froufroutant sur le toit. La Coupe du monde de football est passée par là.
Alors ça, je ne comprends pas
, s’exclame le peintre L.-P. Promenheur.
Vous ne comprenez pas quoi ?
Je rectifie : ce n’est pas que je ne comprenne pas ; je ne participe pas.
Chacun a le droit d’avoir les petites joies qu’il peut. Mais je trouve navrant la confusion qu’il y a désormais entre le sport et la fierté de se trouver de telle ou telle nation. Il ne me semble pas que gagner ou perdre au football engage la dignité d’un pays. Et je trouve ce panurgisme déplorable.
Vous semblez pourtant l’aimer vous aussi notre drapeau ?
Il me plaît en ce qu’il symbolise l’âme, l’esprit, les composantes de ce pays. Mais le seul élément qui m’intéresse vraiment, c’est cet équilibre de pensée, cette clarté de langage. Ce qui me plaît dans le drapeau français, c’est le blanc. J’apprécie sa mesure. Or ce qui m’afflige, c’est le débordement des passions, le manque de maîtrise de soi que nous retrouvons chez tous ces gens qui hurlent et vont pavoiser à l’extrême. Je trouve ça attristant… attristant et Iseult (il rit).
J’ai eu la chance de connaître Gaston Bonheur et plus encore, de m’attirer sa bienveillance et son amitié. Il fut un merveilleux compagnon de conversation et de hauteur. Je me souviens de nos promenades dans Paris. Nous marchions plus haut que les toits. Nous allions au dessus de tout cela, comme au dessus des mots.
L.-P. Promenheur, blog-trott… heur
Le peintre a connu une enfance heureuse. Il l’évoque avec délice, ne manquant jamais de citer Victor Hugo :
J’eus dans ma blonde enfance, hélas ! trop éphémère,
Trois maîtres : un jardin, un vieux prêtre et ma mère.
Le jardin était grand, profond, mystérieux,
Fermé par de hauts murs aux regards curieux,
Semé de fleurs s’ouvrant ainsi que les paupières,
Et d’insectes vermeils qui couraient sur les pierres ;
Plein de bourdonnements et de confuses voix ;
Au milieu, presque un champ, dans le fond, presque un bois.
Le prêtre, tout nourri de Tacite et d’Homère,
Etait un doux vieillard.
Ma mère était ma mère !
Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres, 1840